9 NOV. 2017 L’excès d’optimisme

Ainsi que nous l’avons évoqué dans notre introduction Pourquoi s’intéresser à la finance comportementale ?, nous vous proposons aujourd’hui pour le 1er biais comportemental de notre série par l’un des plus fréquents (« succès » corroboré par un grand nombre d’études) : l’excès d’optimisme.

Il s’agit tout simplement de la tendance à ne voir que le bon côté des choses, vous savez : le fameux verre à moitié plein…, tout en minimisant l’importance des arguments ou des sujets qui vont à l’encontre de ce point de vue. C’est ce qui nous fait finalement aboutir à des choix qui ne sont plus rationnels.

En analysant les travaux de Benartzi, Kahneman et Thaler en 1999(*), cet excès d’optimisme ressort très nettement. Dans une enquête (questionnaire diffusé auprès d’investisseurs américains, 1053 réponses obtenues), ils ont posé la question suivante : « lorsque vous pensez à investir, passez-vous plus de temps à penser au gain potentiel ou à la baisse potentielle ? »

La répartition des réponses est sans appel :

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A travers ces résultats, l’excès d’optimisme se matérialise par le temps inégal passé à évaluer la progression future d’un investissement : il ressort en effet que 74 % (35 % + 39 %) des personnes interrogées passaient davantage de temps à réfléchir à leur gain potentiel plutôt qu’à estimer le montant des pertes que leur investissement pouvait engendrer. Seuls 7 % (1 % + 6 %) des répondants avouaient passer plus de temps à mesurer le volet « risque » d’un investissement.

A cette autre question posée « selon vous, quelle est la probabilité que les actions réalisent une meilleure performance que le marché des obligations sur le long terme, disons 20 ans ? ». Là, on se doute qu’une grande majorité a répondu une forte probabilité, et c’est bien le cas : seuls 18,5 % ont estimé la probabilité inférieure à 70 %, ils sont un peu plus de 46 % à l’estimer entre 71 % et 99 %… Mais le plus étonnant est que 35 % des répondants ont donné une probabilité de 100 % ! On imagine bien alors comment des prises de décisions d’investissement peuvent se faire de façon irrationnelle…

Ce biais d’optimisme excessif devient de plus en plus fréquent au fur et à mesure que se constitue une bulle spéculative par effet d’entrainement. Scheinkman et Xiong ont ainsi publié en 2003(**) une analyse de la bulle spéculative des valeurs technologiques. Ils établissent clairement la tendance selon laquelle un investisseur peut être convaincu qu’il paye trop cher un actif (une action en l’occurrence), mais il fait quand même cet investissement car il est également convaincu de pouvoir le revendre ultérieurement à un cours plus élevé à un autre investisseur.

Se persuader que les perspectives d’un investissement ne sont qu’attractives est un biais à prendre au sérieux. Dans la pratique, les conséquences de ce biais peuvent se traduire par une prise de risque excessive.

Nombreux sont les investisseurs qui surestiment leur capacité à encaisser des périodes de forte volatilité. D’autres peuvent surpondérer à l’excès leur allocation d’actifs en actions et se retrouver avec un portefeuille non adapté à leurs objectifs ou à leur véritable profil de risque.

La 1ère étape primordiale pour amoindrir les effets négatifs de ce biais est simple mais pas forcément immédiate pour tous : il s’agit de la prise de conscience de l’existence de ce biais. En avoir connaissance permet déjà de ne pas se laisser prendre au piège systématiquement ! A vous de vérifier…

D’autant que ce biais se trouve être renforcé par un phénomène que l’on nomme l’illusion du contrôle : c’est ce sujet que nous vous proposons d’aborder lors de notre prochain volet sur les biais comportementaux. A très bientôt donc !

Article rédigé par Sandrine Vincelot-Guiet, Directeur Conseil et Sélection OPCVM VEGA IM

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* Cité dans Psychologie de l’investisseur et des marchés financiers, Mickaël Mangot, Editions Dunod, 2005.

** Jose Scheinkman et Wei Xiong (2003). "Overconfidence and Speculative Bubbles", Journal of Political Economy

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