22 JUIL. 2016 Le secteur bancaire italien

Situation du secteur de la Banque en Italie :

Le secteur bancaire italien renfermerait actuellement environ 360 milliards d’euros de créances douteuses, soit un tiers du total de ces mêmes créances au sein de la zone euro.

secteur bancaire italien

«Les banques de la Péninsule représentent un sérieux problème systémique», s’inquiète Lorenzo Codogno, ancien directeur général du Trésor italien, aujourd’hui professeur à l’Ecole d’économie de Londres.

L’Italie est en discussion avec la Commission Européenne pour définir un plan de recapitalisation des institutions bancaires italiennes avec l’argent public. L’objectif est de limiter les pertes pour les investisseurs d’après un représentant de l’organe exécutif de l’Union européenne. Rome demande aux autorités européennes de faire une exception, faisant ainsi valoir qu'un soutien aux banques italiennes permettrait d'éviter la contagion de la crise bancaire aux autres pays fragiles de l'Union Européenne, tels que le Portugal ou l'Espagne.

A la suite au déclenchement de la crise des « subprimes », les Etats-Unis et l’Europe ont mis en œuvre différents plans afin de redresser leur système financier, et par la suite le système bancaire, avec les accords de Bâle 3.

A cette époque, les banques du Sud de l’Europe inquiètent moins les investisseurs car leur activité de BFI (Banque de Financement et d’Investissement) est moins développée que dans le nord de l’Europe.

De ce fait, l’Italie a laissé en suspens le renforcement de son système financier, contrairement à l’Espagne. Ainsi, lorsqu’un plan d’urgence est devenu nécessaire à la suite de la forte augmentation des prêts non-performants et des créances douteuses, il était déjà trop tard. Ces créances douteuses se sont accumulées durant une période de récession, qui s'est étalée jusqu'à la fin 2014 (les créances sont essentiellement immobilières comme en Espagne).

Le système bancaire Italien peine et cela ne relève pas uniquement de la responsabilité de Rome. Cela s’explique également par l’intransigeance de Bruxelles et Berlin. L’assainissement des banques tarde, car le secteur privé a refusé de le financer. C’est pourquoi l’Italie souhaite désormais recapitaliser ses banques à travers des aides publiques, ce que l’UE et notamment l’Allemagne, refusent, à la suite de l’interdiction du renflouement des banques par les états en 2014.

A la suite du refus de l’UE d’un refinancement publique, un fond privé nommé Atlante a été mis en place par les autorités italiennes et approuvé par Bruxelles. Ce fond est financé essentiellement par les grandes banques Italiennes dans le but de venir en aide aux plus petites banques en difficulté. L’objectif est de recapitaliser les banques et de les libérer de leurs créances douteuses.

En revanche, Atlante n'a pas réussi à restaurer la confiance des investisseurs. Beaucoup, à commencer par les agences de notation, y ont vu en effet un transfert du risque des petites banques vers les plus grandes qui participent à Atlante.

Aujourd’hui, les investisseurs et la BCE jugent que les fonds propres des banques dont la recapitalisation est urgente sont insuffisants, ce qui entretient la baisse du secteur bancaire sur les marchés.

POINT SUR « BANCA MONTE DEI PASCHI DI SIENA » :

La BCE a demandé à Banca Monte dei Paschi di Siena, la troisième banque Italienne, de réduire son volume de créances douteuses de 30 % au cours des trois prochaines années. Monte dei Paschi est la banque italienne qui possède la plus forte proportion de créances douteuses, celles-ci représentent 41 % du total de son portefeuille de prêts.

Elle se doit de ramener ses prêts à risque à 32,6 milliards d'euros en 2018, contre 46,9 milliards en 2015. Les objectifs pour 2016 et 2017 sont respectivement de 43,4 milliards et de 38,9 milliards d'euros.

En six mois, la plus vieille banque du monde a dévissé de 77 % de sa valeur en bourse. Face à la chute rapide du titre (-20 % sur 2 jours en début de semaine), la Consob, l’équivalent italien de l’Autorité des Marchés Financiers, n’a pas eu d’autre choix que d’intervenir et d’interdire la vente à découvert sur les actions de la banque.

LE RISQUE POLITIQUE :

Dans ce contexte d’instabilité avec le Brexit et la situation des banques, le référendum italien sur la réforme constitutionnelle inquiète. Ce référendum vise à rendre le pays gouvernable en réduisant le pouvoir d’un Sénat trop puissant.

Le problème est que les italiens pourraient voter contre cette réforme, afin de sanctionner le gouvernement de Matteo Renzi (s’il ne trouve pas d’accord avec Bruxelles pour sauver les banques) et provoquer sa démission.

Cette démission ouvrirait les portes au Mouvement 5 Etoiles qui monte en puissance et qui proposerait un référendum dans le but de créer une monnaie alternative à l’euro ou un euro 2. Ce système souhaite la mise en place de deux monnaies, une pour les pays du Nord et une autre pour les pays du Sud.

Cela serait une nouvelle remise en cause du fonctionnement même de la zone euro.

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