30 DÉC. 2016 Fiscalité de l’assurance vie pour les non-résidents français

Exposé de la situation

Madame Y, de nationalité française mais résidant aux Pays-Bas, est fonctionnaire internationale au sein de l’Organisation des Nations Unies (ONU). Elle souhaite réaliser un rachat partiel sur un contrat d’assurance vie qu’elle détient depuis plus de 8 ans.

Compte tenu des particularités liées aux privilèges et immunités des fonctionnaires internationaux, Madame Y n’a aucun lien avec les services fiscaux néerlandais. En outre, elle déclare en France des revenus fonciers et est inscrite au Centre des Impôts des non-résidents.

Dans ce contexte, Madame Y s’interroge sur la résidence fiscale à retenir. En effet, elle souhaite savoir s’il est possible d’obtenir un 5000 ou un avis consulaire mentionnant qu’elle réside fiscalement à l’étranger, sachant qu’elle n’est pas connue des services fiscaux néerlandais. Par conséquent, elle voudrait connaître la fiscalité à appliquer à ce rachat partiel.

Décryptage

1. Sur la résidence fiscale de la fonctionnaire de l’ONU

La France et les Pays-Bas ont signé, le 16 mars 1973, une convention tendant à limiter les doubles impositions et à prévenir l'évasion fiscale en matière d'impôts sur le revenu et sur la fortune.

Le paragraphe 1 de l'article 4 renvoie en premier lieu aux règles fiscales de droit interne de chacun des Etats concernés et précise donc qu'une personne est considérée comme « résident de l'un des Etats » lorsque, en vertu de la législation dudit Etat, elle se trouve assujettie à l'impôt dans cet Etat, en raison de son domicile, de sa résidence, de son siège de direction ou de tout autre critère de nature analogue.

En application de l'article 4 de la convention, l'expression « résident » désigne toute personne qui y est assujettie à l'impôt en raison de son domicile, de sa résidence, de son siège de direction ou de tout autre critère analogue.

En l’espèce, il apparaît donc que Madame Y n’est réputée résidente fiscale d’aucun des deux Etats d’après les règles de leurs droits internes dans la mesure où, d’un côté elle « est inscrite au Centre des Impôts des non-résidents » en France, et de l’autre « elle n’a aucun lien avec les services fiscaux néerlandais ».

Lorsque, en application des règles de droit interne français et néerlandais, une personne est considérée comme résidente de chacun des deux Etats (ou bien dans le cas, plus rare, d’une double non-imposition), la convention fournit des critères subsidiaires permettant de résoudre cette situation et de ne considérer l'intéressé comme assujetti à l'impôt que dans un seul des deux Etats.

Ainsi, il y a lieu de retenir, comme critères accessoires pour la détermination de la qualité de résident, l'une des règles fixées par le paragraphe 3 de l'article 4.

Dès lors, cette personne serait, en premier lieu, réputée résidente de celui des deux Etats sur le territoire duquel elle dispose d'un foyer d'habitation permanent. Si elle dispose d'un tel foyer d'habitation permanent dans chacun des deux Etats, elle est considérée comme résidente de l'Etat où elle possède le centre de ses intérêts vitaux (art. 4-3-a).

En l’espèce, dans la mesure où Madame Y réside et travaille aux Pays-Bas, il est possible qu’elle y dispose de l'essentiel de ses revenus et de son patrimoine. Dans cette hypothèse seulement, il semblerait qu’elle pourrait être considérée comme résidente fiscale néerlandaise alors même qu’elle bénéficie d’une exonération d’impôt sur le revenu dans ce pays, en vertu de son statut de fonctionnaire de l’ONU.

Remarque : Pour information, il est normal en vertu de la Convention fiscale, qu’en tant que non résidente de France, Madame Y soit tout de même taxable en France sur ses revenus fonciers de source française.

2. Sur la fiscalité applicable en cas de rachat sur le contrat d’assurance vie

>Sur la fiscalité interne du rachat

En droit interne français, les produits des rachats effectués par une personne physique non-résidente sur un contrat d’assurance vie sont obligatoirement soumis à un prélèvement au taux de :

  • 35 % pour les contrats dont la durée est inférieure à 4 ans ;
  • 15 % pour les contrats dont la durée est comprise entre 4 et 8 ans ;
  • 7,5 % pour les contrats d’une durée supérieure à 8 ans.

En l’espèce, Madame Y souhaitant effectuer un rachat partiel sur un contrat de plus de 8 ans, elle devra acquitter un PFL au taux de 7,5%.

>Sur la fiscalité conventionnelle du rachat

En l’absence de dispositions spécifiques, les produits des rachats effectués sur un contrat d’assurance vie sont assimilés à des créances ou des intérêts pour l’application de la convention.

Suivant les dispositions du paragraphe 1 de l'article 11 de la convention précitée, les intérêts provenant d'un Etat contractant, et payés à un résident de l'autre Etat, sont imposables dans cet autre Etat. Toutefois, en vertu du paragraphe 2 du même article, l'Etat de la source a le droit d'imposer les intérêts payés à un résident de l'autre Etat selon sa législation, le taux de l'impôt prélevé ne pouvant excéder 10% du montant des intérêts versés.

En l’espèce, le rachat partiel serait imposable aux Pays-Bas, la France pourra cependant prélever une retenue à la source qui ne pourra excéder 10% du montant des intérêts versés.

En ce qui concerne les Pays-Bas, l’article 24 de la convention indique que la double imposition sera évitée par une réduction d’impôt imputable sur l’impôt néerlandais égale au moins élevé des montants suivants :

  • L'impôt prélevé en France en vertu de l’article 11 paragraphe 2 portant sur les intérêts ;
  • Un montant égal à la fraction de l'impôt néerlandais calculé suivant le paragraphe 1, qui correspond au rapport existant entre le montant desdits éléments du revenu et le montant total du revenu qui constitue la base imposable visée audit paragraphe 1.

(Article 24 paragraphe 1 : « Pour déterminer les impôts dus par leurs résidents, les Pays-Bas pourront comprendre dans la base sur laquelle ces impôts sont prélevés les éléments du revenu ou de la fortune qui, conformément aux dispositions de la présente Convention, sont imposables en France »)

En l’espèce, afin d’éviter une double imposition, le montant de la retenue à la source acquittée en France donnera lieu à une réduction d’impôt applicable sur l’impôt néerlandais dû.

Seules les personnes physiques fiscalement domiciliées en France en vertu de l’article 4 B du CGI ou des conventions internationales et à la charge d’un régime obligatoire français d’assurance maladie sont assujetties aux prélèvements sociaux.

En l’espèce, en l’absence de résidence fiscale en France, le rachat partiel ne donnera pas lieu à l’acquittement de prélèvements sociaux en France.

Il conviendra de se rapprocher d’un fiscaliste néerlandais afin de connaître la fiscalité éventuellement applicable aux Pays-Bas au titre de ce rachat et les modalités prévues par le droit interne néerlandais pour l’élimination de la double imposition.

3. Sur la possibilité d’obtenir un formulaire 5000

En effet, la CNP n’acceptera d’appliquer la fiscalité conventionnelle du rachat que si et seulement si Madame Y lui adresse un formulaire 5000 ou bien un avis d’impôt étranger ou avis consulaire mentionnant qu’elle réside fiscalement aux Pays-Bas.

Il conviendra de se rapprocher d’un conseil local afin de confirmer la possibilité d’obtenir des services fiscaux néerlandais de tels documents.

Article rédigé par notre pôle solutions patrimoniales

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