31 MAR. 2017 After TEFAF Maastricht : la peinture ancienne à l'honneur

Le 19 mars dernier, la plus prestigieuse foire du monde a refermé ses portes, après une fréquentation de plus de 75 000 visiteurs. L’«effet Maastricht» semble toujours être un label de confiance pour les collectionneurs et les institutions.

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Nous étions présents à la 30ième édition de la foire aux côtés de sa partenaire Art, la gestionnaire de collection Delphine Brochand. Celle-ci a apporté aux clients de la banque un éclairage particulier sur la qualité esthétique des œuvres, les données économiques et le marché de l’art en général. Retour sur la 30ième édition de la TEFAF Maastricht.

Cette année, c’est encore le secteur de la peinture ancienne qui a remporté la mise. Malgré l’absence de Rembrandt, ce secteur reste le cœur de cible des acheteurs.

L’art moderne, qui pratique des prix parfois incohérents avec le marché, voire surévalués, paye un taux faible de ventes, en dehors de quelques exceptions. L’art contemporain quant à lui reste un secteur délaissé par la clientèle, davantage focalisée sur des acquisitions dites « classiques ».

Par ailleurs, si les représentants des musées américains étaient présents et actifs sur la foire, les collectionneurs privés d’outre-Atlantique, en position attentiste, avaient déserté l’événement. Ce sont surtout les acheteurs et institutions européennes qui ont soutenu les transactions.

Chez le célèbre marchand français Didier Aaron, on pouvait admirer une très belle huile sur marbre de Jacques Stella (1596-1657) représentant « La Vierge à l’Enfant avec saint François et saint Jean-Baptiste » (réalisée vers 1635-39x43cm). Affichée au prix de 180 K€, l’œuvre a suscité de nombreux intérêts et serait vendue. Bien entendu le prix de vente définitif est toujours confidentiel et n’est jamais communiqué.

D’avantage spécialisé sur la peinture XIXème et XXème, la galerie parisienne Talabardon et Gauthier tire toujours son épingle du jeu avec une sélection très qualitative et différenciante. Si les prix sont aboutis, ils restent cohérents au regard de l’œuvre proposée. L’année passée, c’était un tableau de Rembrandt redécouvert par ces marchands qui tenait le haut du pavé. Cette année, une incroyable peinture de I.F. Bonhommé (1809-1881) représentant l’atelier des forges d’Abainville (réalisé en 1839 – 155x51cm) attira particulièrement les regards (cf image à droite). Elle fut cédée très rapidement le soir du vernissage. Aussi atypique qu’extraordinaire, entre autre par son sujet et sa réalisation, cette œuvre n’a étonnamment pas été préemptée par l’Etat français lorsqu’elle fut proposée aux enchères dans une vente courante.

Parmi les pièces marquantes, retenons également un chef d’œuvre hollandais à connotation orientaliste : l’autoportrait de Wallerant Vaillant (1623-1677), artiste reconnu comme portraitiste de la bourgeoisie hollandaise dont le Louvre possède un autre autoportrait, mais de qualité moindre (non exposé). L’œuvre a été vendue dès le premier jour de la foire par la galerie Canesso, pour un prix inconnu.

Du côté de l’art moderne et contemporain, de très belles pièces d’artistes faisant office de « valeurs sures » étaient présentées : Soulages, de Stael, Riopelle, Matisse, Hartung, Hantaï, Vieira da Silva... dont les prix étaient souvent incroyablement élevés. Sans parler de pièces identifiées (et correctement attribuées bien entendu) en vente aux enchères pour avoir été achetées par des galeries seulement 2 à 3 mois plus tôt et présentées sur leur stand plus du double du prix des enchères. Ce qui n’était pas le cas du célèbre galeriste Franck Prazan, spécialiste de l’Ecole de Paris et dont les œuvres sont toujours dotées d’une provenance privée souvent exceptionnelle. Ce dernier, dont les prix sont certes aboutis, aurait vendu 6 tableaux cette année à des français, suisses, allemands et russes qu’il ne connaissait pas. A titre d’exemple, figurait sur son stand une magnifique huile sur toile de Riopelle datant de 1953 annoncée à 950 K€ (cf image à gauche). Pour les autres, cela expliquerait l’insatisfaction de plusieurs marchands et le peu de transactions opérées.

A noter également, le superbe stand de la galerie Dickinson spécialisée sur la peinture ancienne et moderne, mettant en scène une offre hautement qualitative et éclectique. Cette galerie présentait un chef d’œuvre, rare et de grand format, par l’artiste dada et surréaliste Picabia (cf image à gauche). Datée de 1948, cette pièce était présentée à 2,4 M€ et serait en cours de négociation (le MOMA consacrait une exposition sur l’artiste il y a quelque semaines).

Cette 30ème édition fut aussi placée sous le signe de l’ouverture avec l’arrivée de nouveaux exposants, comme le quadragénaire galeriste parisien Xavier Eeckhout qui présentait notamment un chef d’œuvre du sculpteur François Pompon : un exemplaire unique de la panthère en pierre lithographique. Pierre utilisée pour la réalisation de lithographie particulièrement tendre offrant une volupté singulière. Annoncé à 550 K€, la pièce serait en négociation.

Pour finir sur une note contemporaine, la Tina Kim Gallery (Etats Unis) et la Kukje Gallery (Séoul) semblaient ne réserver les pièces majeures que pour leurs collectionneurs attitrés. Par conséquent, leur stand présentait de belles pièces mais sans faire d’étincelles.

Par ailleurs, il était aussi intéressant de constater que le « sourcing » reste le nerf du marché de l’art et des foires : les pièces « vierges » (qui n’ont pas circulé sur le marché) étant peu évidentes à trouver, certains marchands devaient toujours faire figurer à leur accrochage des pièces invendues lors de foires précédentes, comme ce fut le cas pour un très beau portrait de E. Delacroix par T. Géricault (cf image à droite), magistralement présenté chez le galeriste Jean Luc Baroni et déjà accrochée à la précédente Frieze Master de Londres.

Enfin, comment ne pas retenir cette fabuleuse paire de tableaux en pierre dure présentée chez les Kugel, célèbre dynastie d’antiquaires que l’on ne présente plus et dont le seul nom accolé à la provenance d’une œuvre serait un gage de plus value. Une réalisation italienne du XVIIIième siècle présentée au prix de 3M€. Mais à ce niveau de rareté et de virtuosité, l’exceptionnel et le rêve peuvent-ils avoir un prix ?

Retrouvez notre premier article sur la TEFAF

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